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bonjour à tous


 

L’Affaire Marcelle Polge née Battu épouse d'Albert Polge, footballeur du Sporting-Club de Nîmes bien connue de la Cité au Sept Collines. 

 

 

Photo ci-dessus : La Jeune fille au Chevreau, sise au Jardin de la Fontaine, à Nîmes.

 

Devenue la maîtresse du commandant allemand de la place, qui arbore le patronyme authentiquement français de Saint-Paul et qui se réjouit de ce retour inattendu aux sources cévenoles de sa famille protestante, elle s'est servie de son influence d'alcôve pour monnayer de multiples services contre du ravitaillement. Son train de vie, l'un des plus fastueux de la ville, a déjà scellé son sort lorsqu'elle comparaît, le 22 septembre 1944, devant la cour martiale de Nîmes. Attiré par la personnalité de l'accusée, le public est venu en masse comme à une corrida. Voici ce qu'en rapporte Le Populaire du Bas-Languedoc, du Rouergue et du Roussillon, organe fraîchement issu de la Résistance: «Sait-on que Mme Polge a avoué recevoir tous les jours de Mme G., bouchère à La Placette, 1 kilo de viande, recevoir régulièrement 2, 3 litres de lait par jour, recevoir du commandant boche Saint-Paul, très régulièrement, et ceci deux ou trois fois par semaine, du gibier, se faire chausser, se faire coiffer sans qu'il lui en coûte 1 centime? Tout cela en récompense de certains services. Et pendant ce temps-là, la classe ouvrière et ses enfants crevaient de faim...» La peine de mort vient finalement sanctionner cette transgression patriotique dont on ne sait plus très bien ce qui, de la collaboration sexuelle avec l'ennemi ou de l'accaparement au préjudice de la collectivité, la caractérise au premier chef. Le 2 octobre est jour de carnaval funèbre dans la cité des Arènes. L' «arrogante» Mme Polge, après avoir été tondue, est promenée à travers la ville jusqu'au poteau d'exécution. Son cadavre, devant lequel défile une foule nombreuse, est couvert de crachats. Epilogue hautement symbolique: on lui fera subir les derniers outrages à l'aide d'un manche à balai.

 

Voici son histoire.

 

DE LA JEUNE FILLE AU CHEVREAU À LA FEMME EXÉCUTÉE À LA LIBÉRATION

 

Il était une fois, la jeune fille au chevreau…Cela aurait pu être un joli conte de Noël. Mais « aurait pu » seulement.

 

Elle s’appelait Marcelle Battu. A 17 ans, elle pose comme modèle pour une sculpture de Marcel Courbier  » La jeune fille au chevreau ». Nous sommes dans les années 20. Elle devient une vedette locale.

 

 
L’histoire aurait pu être belle s’il n’y avait pas eu la guerre. La Deuxième Guerre Mondiale pour être plus précise. Et à la Libération, le retour de la « France virile ». Le modèle va connaître alors un destin tragique.

 

Dans les années 20, « La jeune fille au chevreau » est exposée dans les jardins de la Fontaine de la ville de Nîmes avant d’être vandalisée à deux reprises en 1944 et finir oubliée dans les réserves de la ville.

 

La jeune fille y apparaît nue, ses longs cheveux blonds enroulés sur les côtés en macarons, la tête modestement baissée, le corps incliné vers l’arrière, à genoux dans l’herbe, les jambes serrées, le bout des doigts de sa main gauche délicatement posés au sol pour prendre appui, sa main droite offrant un épi de maïs à un chevreau.

 

Le modèle est très jeune, c’est le corps d’une adolescente qui correspond aux standards de l’époque : petits seins, cuisses charnues, des rondeurs au niveau du ventre et du bassin.

 

La sculpture est belle, gracieuse et délicate. Elle offre un symbole de pureté et d’innocence.

 

Marcelle Battu est ainsi exposée par le sculpteur Nîmois Marcel Courbier (1898-1976) et elle devient une vedette locale.

 

 

Les années passent. Marcelle s’appelle désormais Mme Marcelle Polge. La jeune fille est devenue une jolie jeune femme qui attire toujours les regards et elle est de nouveau exposée. Mais de manière très différente…

 

 

Elle fait l’objet d’un procès médiatisé pour « intelligence envers l’ennemi » mené par une cour martiale. D’autres femmes ne connaîtront pas de procès. Mais il s’agit ici d’un simulacre de justice.

 

À la Libération, on fait la chasse aux collabos. Parmi la foule vindicative et haineuse, des résistants de la dernière heure, des hommes qui veulent en découdre, des « justiciers improvisés », des gendarmes, quelques femmes qui hurlent avec les loups, soulagées de ne pas subir le même sort…. La foule devient juge et bourreau.

 

La jeune fille au chevreau et à son procès suivi par la presse locale :

« Mme Polge née Marcelle Pattus (Battu) est née à Nîmes en 1907, on lui reproche ses relations assidues avec le commandant Saint Paul, ses fréquentations avec Georges et Yvette, interprètes, ses relations avec Mr Fritz directeur de l’Office Allemand de placement, enfin ses moyens d’existence vraiment somptueux. »

 

Le procureur n’apportera aucune preuve et des témoignages indirects. Les « moyens d’existence vraiment somptueux » se résumeront finalement à quelques coupes de cheveux gratuites de la part d’une coiffeuse en remerciement pour être intervenue pour éviter à son fils une déportation aux STO en Allemagne et un kilo de viande donné par un boucher.

 

Il évoque une femme vertueuse, véritable déesse antique, aux agissements bizarres, jouant l’ignorance, l’innocence et même la pureté.

 

En conclusion, il indiquera que « ses dépenses ne correspondaient pas à ses biens et que ses fautes sont supérieures à ses bienfaits, si bienfaits il y a eu. »

 

Le 2 octobre 1944, après avoir été tondue, Marcelle Polge sera fusillée. Et comme si cela ne suffisait pas, son cadavre sera mutilé avec une violence inouïe.

 

Le procès de Marcelle Polge vu par la presse locale :

Samedi 23 Septembre 1944 : LA RENAISSANCE Républicaine du Gard N°24. Organe du Comité Départemental de Libération & celui du Lundi 25 Septembre 1944 ROUGE-MIDI Organe régional du Parti Communiste Français

 
Préliminaires :
 
La salle est archi-comble quand le commandant déclare l’audience ouverte.
 
Dehors c’est au moins un millier de personnes qui déferlent depuis les grilles jusqu’à l’Esplanade.
 
La cour examine d’abord le cas d’un milicien, Beaume Hilaire, agriculteur à Laudun, qui, avant-hier, avait lancé une fausse dénonciation contre le maire de Laudun. Son état mental, nettement déficient par suite d’une trépanation de guerre, lui vaudra de n’être condamné qu’à 10 ans de prison.
 
Les accusés :
 
Les époux Polge sont ensuite introduits au box des accusés. L’accusation reproche aux époux Polge leurs relations avec les autorités Allemandes et les accusent d’intelligence avec l’ennemi. Jean Polge est prié de se tenir à la disposition de la Cour pour responsabilité morale.
 
L’interrogatoire des accusés est ensuite mené. Mme Polge née Marcelle Pattus (Battu) est née en 1907 à Nîmes, on lui reproche ses relations assidues avec le commandant Saint Paul, ses fréquentations avec Georgette et Yvette, interprètes, ses relations avec Mr Fritz directeur de l’Office Allemand de placement, enfin ses moyens d’existence vraiment somptueux.
 
Polge Albert est né en 1909 au Tonkin, il était employé au métro et habite 29 avenue de la Plateforme (actuellement Avenue Franklin Roossevelt). L’accusation lui reproche surtout ses complaisances et sa complicité. Il déclare qu’il connaissait le commandant Saint Paul comme fréquentant sa maison mais nie avoir appartenu à la Gestapo ou à la Milice.
 
L’interrogatoire :
 
Aux questions posées par le commandant Audibert, Mme Polge répond avec beaucoup de sang-froid et de précision. Il apparaît qu’elle a dû mettre soigneusement au point un système de défense, et qu’elle s’y tient. Elle explique comment elle est entrée en contact avec le commandant Saint Paul, à l’occasion d’une levée de réquisition sur un appartement qu’elle convoitait, comment ces relations devinrent de plus en plus « amicales » et comment elle s’en servit pour rendre service à de nombreuses personnes.
 
Sur une question du Commissaire du Gouvernement, elle nie avoir été en relations assidues avec Fritz et avoir connu Kichner et Munoz autrement que de vue.
 
Les témoins :
 
Le premier témoin entendu est Polge Jean, il parle des relations de sa belle-sœur avec le commandant Saint Paul, avec la famille Messimbourg, et donne à la Cour des renseignements sur un témoin à décharge, Mr Pierre Simon, soldat au maquis, qui lui a promis de venir déposer à cette audience.
 
Mme Jouve lui succède, elle appartient au 2e Bureau de renseignements F.T.P. Elle a participé à la perquisition des appartements des époux Polge et à leur arrestation.
 
 
Mme Dugas, bouchère à Nîmes, vient ensuite déclarer que Mme Polge a dénoncé sa sœur, Mme Guilhem, à la Gestapo. Ces explications confuses manquent de précision.
 
 
Mme Guilhem est plus affirmative et indique que Mme Polge est la maîtresse d’un officier Allemand. Elle reconnaît cependant que celle-ci fit des démarches en faveur de son fils pour lui éviter le départ en Allemagne, mais que ce service était rétribué par des soins de beauté donnés gracieusement par son fils à Mme Polge.
 
 
Mme Danan parle de l’arrestation de son mari, torturé à la Milice en présence, dit-elle, de Garette, Roques et Polge.
 
 
Les dépositions de Mr Collet, surveillant de prison en retraite, sur la réquisition des appartements des époux Polge, et de Mr Escotti sur Polge, tortionnaire manquent de précision et n’apportent aucune clarté nouvelle à l’instruction.
 
 
Mr Mazer vient attester qu’il a été « tiré » des mains de la Gestapo par Mme Polge.
 
 
Enfin le dernier témoin. Clamens vient déclarer, que Polge, à son avis, n’a jamais appartenu à la Milice, ni à la Gestapo et qu’il y a certainement une erreur car il n’était pas à l’arrestation de Danan.
 
Le réquisitoire :
 
La parole est donnée à Mr Servigne qui, avec beaucoup de talent et une belle éloquence fait le procès des époux Polge, ce couple étrange accusé d’intelligence avec l’ennemi, et demande pour eux deux la peine de mort.
Des applaudissements éclatent dans l’assistance, le président menace de faire évacuer la salle. Il parle ensuite de cette femme vertueuse, véritable déesse antique, aux agissements bizarres, jouant l’ignorance, l’innocence et même la pureté. Il indique que ses dépenses ne correspondaient pas à ses biens et que ses fautes sont supérieures à ses bienfaits, si bienfaits il y a eu. Puis s’adressant au mari étonnant aveugle, amoureux jusqu’à la complaisance, mais surtout profiteur transformé en policier, il indique que Polge a collaboré avec Garette et participé aux expéditions et qu’il est responsable solidaire des crimes qui se sont commis à la Milice, et en terminant il rappelle les souffrances de la Patrie et c’est au nom de ces souffrances qu’il réclame le châtiment suprême pour ce qui, un peu d’or, ont trahi la France.
 
 
La défense : Me Gony lui succède et après avoir recherché tous les faits susceptibles d’amoindrir la faute des époux Polge, il termine sa belle et brillante plaidoirie en demandant à la Cour de faire son devoir confiant dans son verdict qui ne peut être que dicté par leurs consciences de juges.
 
 
Les condamnations :
 
Après délibération la Cour condamne la femme Polge, coupable du crime d’intelligence avec l’ennemi à la peine de mort, à l’unanimité, avec saisie de tous ses biens.
 
Pour son mari, Polge Albert, coupable également de crime d’intelligence avec l’ennemi, il ordonne un supplément d’enquête à la majorité.
 
Baumes Hilaire obtient les circonstances atténuantes et est condamné à dix ans de prison.
 
L’audience est levée à 18 heures et la Cour de Justice se rendra Lundi.
 
Photo ci-dessus : Arrestation de Marcel Polge, à la libération de Nîmes, le 24 août 1944
 
La suite on la connaît, Marcelle Polge est fusillée le lundi 2 octobre 1944 à 7 heures du matin, avant que son cadavre subisse divers profanations.
 
Ainsi s’achève devant le peloton d’exécution de "La jeune fille au chevreau"
 
Quand à son mari l’ex-footballeur du Sporting-Club de Nîmes de 1930 à 1934, Albert Polge s’en sortira et finira sa vie dans le Vaucluse dans les années 1970.
 
A Nîmes, le samedi 15 février 2020
Denis Cazorla
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